Baci à Luang Prabang

Quelques jours après notre arrivée à Luang Prabang, les voisins de Bounmy nous ont convié à un Baci.

Ne croyez pas que je passe du coq à l’âne sans raison. En effet, certains d’entre vous pourront penser « Le dernier article portait sur le métro de Singapour, et voilà qu’il nous parle du Laos alors qu’ils furent au Laos avant d’être à Singapour. Ce n’est pas logique. »

En fait, à peine revenu du Laos, j’ai filé à Singapore. Pour moi, le choc fut saisissant. Passé d’un des pays les plus pauvres de la planète, à un des plus riche, de la nonchalance laotienne à l’hyperactivité moderne, du confort sommaire au tout-climatisé, des petits marchés locaux aux centres commerciaux aseptisés. Alors, je me suis dit que le meilleur moyen de vous faire saisir le contraste était d’alterner les articles sur le Laos et sur Singapour. Donc, foin de l’ordre chronologique ! Place au choc du temps qui ne s’écoule pas de la même façon dans les différents endroits du monde.

Un baci , vous savez déjà ce que c’est puisque nous en avions déjà écrit un auquel nous avions assistés : http://famille-ferry.fr/?p=2268

En quoi celui là différa-t-il ? pourquoi avait-il lieu ?
Et bien tout simplement pour la nouvelle année. Les bacis peuvent avoir lieu pour bénir une maison, attirer la faveurs des esprits sur quelqu’un, quelque chose. Ici, c’est pour porter chance pour la nouvelle année (je vous rappelle que nous étions à Luang Prabang pour le nouvel an bouddhiste).

Une religiosité étendue.
Point de bonze. La cérémonie est dirigée par un laïc, généralement un ancien bonze défroqué (mais comme ici tous les hommes on fait un tour à la pagode pendant plus ou moins longtemps, la condition de « défroqué » n’a pas le même signification qu’en occident).
Une des fonctions du baci est d’inviter les âmes des participants à regagner leur corps. Nous avons en effet 32 âmes, et certaines peuvent s’être égarées. Notamment lors d’un événement tragique, un accident de la route par exemple. Vous en avez été victime, et des semaines après vous continuez à y penser, vous en faites des cauchemars. Cela s’explique tout simplement parce qu’une de vos âmes est restée coincée là-bas sous le coup de l’émotion. Pour votre sérénité, il lui faut réintégrer votre corps. Le baci est fait pour cela (aussi).

Donc, on s’assoit. On nous donne les meilleures places. On nous prête un Kramah blanc (certainement, pour qu’on soit plus élégant). Les psalmodies commencent. L’ambiance est détendue. On ne comprend pas grand-chose (litote pour dire qu’on ne comprend rien)
Les offrandes sont placées sur un plateau à plusieurs étages. Elles sont bénies. On me fait comprendre que je dois toucher le plateau, je fais comme tout ceux qui sont au premier rang. Ceux qui sont derrière moi, posent la main sur mon épaule. Ainsi nous sommes tous connectés au plateau. Sur le plateau des petits fils de cotons blancs pendent suspendus à de petites baguettes de bambou.
La bénédiction achevée, les participants prennent ses petits fils de coton et les nouent autours des poignets des uns des autres en récitant une petite prière. Nous voilà donc bien vite chacun avec une bonne demie douzaine de petits bracelets à chaque poignet. Ils ont pour mission de nous porter chance et d’empêcher nos âmes de repartir en goguette.

La distribution des petits fils de cotons accomplie (Pauline avec ses cheveux blonds et ses grands yeux clairs a reçu un bracelet de presque toutes les grands-mères). Une nouvelle séance de bénédiction. Ensuite, on se partage les offrandes. Pauline pour une raison que j’ai déjà évoquées ressort les bras chargés de bonbons et autre sucrerie.


Ensuite, c’est un repas. Un ben-tcho pour ceux qui connaissent, des pâtes de riz sur lesquelles ont verse une sauce verte au poisson et auxquelles on ajoute toutes sortes d’herbes et du citron. C’est simplement excellent.

C’est simple, détendu mais animé d’une réelle ferveur.


Nous avons particulièrement apprécié ce jeune qui est venu au Baci avec ce t-shirt exhibant un « doigt ». Visiblement ça n’a choqué que nous.

RAF

Posté le 30 avril 2012 par dans Le Laos